DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> Blog de Jonathan SIDGWICK: jeudi 1 décembre 2005

Blog de Jonathan SIDGWICK

jeudi 1 décembre 2005

Au tout début de Mars, de l'eau


Une équipe de chercheurs utilisant la caméra «Omega» de la sonde Mars Express a montré que de l'eau se trouvait en grande quantité sur la planète peu de temps après sa formation • C'était il y a près de 4 milliards d'années.
Aujourd'hui, un pan entier de l'histoire de Mars se dévoile. Et révèle quand et où de l'eau a pu y transformer les roches et servir de réceptacle à une éventuelle évolution chimique prébiotique. L'épisode se déroule il y a très longtemps, lors du premier milliard d'années de Mars – formée, comme tout le système solaire, il y a 4,5 milliards d'années – alors que les planètes étaient encore soumises à un bombardement intense de comètes et d'astéroïdes. Une histoire jusqu'alors inconnue, relatée dans la revue Nature de jeudi (1) par «l'Omega Team», un groupe de scientifiques européens et américains dirigé par Jean-Pierre Bibring, professeur à l'Université d'Orsay. Une équipe réunie autour d'Omega, une caméra en orbite depuis un an (emportée par la sonde européenne Mars Express) et capable d'identifier les minéraux de surface.

Pas de roches hydratéesOmega, conçue dans les années 1980 par l'équipe de Bibring à l'Institut d'astrophysique spatiale (CNRS, Paris-XI), a déjà cartographié les trois quarts de la planète Mars. Ses premiers résultats n'avaient pas réjoui ceux des scientifiques qui rêvaient d'une longue période chaude et humide pour Mars, lors de ses deux premiers milliards d'années, susceptible d'expliquer les roches «rouillées» et surtout les reliefs manifestement produits par l'écoulement d'un liquide. Mais si océans, mers ou fleuves avaient participé d'un cycle de l'eau pérenne, durant des centaines de millions d'années, ils auraient dû se traduire par la présence massive de roches «hydratées», explique Jean-Pierre Bibring, «c'est-à-dire possédant de l'eau dans leur structure témoignant d'une formation en milieu aqueux».
Or Omega ne discernait rien de tel, affirmait l'Omega Team en février 2005 (lire l'article). Pas de carbonates, pas de roches sédimentaires, rien à signaler dans les reliefs évoquant l'eau. Conclusion provisoire : «il n'y a pas eu de vastes étendues d'eau liquide pérenne au cours des trois derniers milliards d'années». Mais avant ?
Double détenteLa surprise d'Oméga, ce sont… «des argiles», lance Bibring. Des smectites surtout qui, sur Terre, témoignent d'un climat tempéré. Des roches qui se forment sous une couche d'eau de surface, ou dans un sous-sol gorgé d'eau. La surprise au carré, c'est leur localisation: dans les terrains les plus anciens, fortement cratérisés, érodés, parfois à haute altitude. Des terrains qui datent du Noachien, la première période géologique de Mars, à l'époque du «grand bombardement», raconte Bibring. «Ces argiles prouvent sans aucun doute que, à cette époque, de l'eau liquide est disponible, en quantité et durablement, capable d'altérer les roches initiales de la planète.» D'où un scénario à double détente du tout début de l'histoire martienne.
Après la formation de la planète, l'atmosphère épaisse et riche en gaz carbonique provoque un effet de serre puissant. Avec la pression atmosphérique, il permet à l'eau liquide de subsister. C'est aussi la période d'un intense bombardement cosmique. Puis le radiateur atmosphérique s'éteint et cette «fenêtre de tir de l'eau liquide», et donc d'une possible évolution prébiotique, s'achève. L'eau se change en glace, en surface ou dans le sol. Fin du premier acte.
Radioactivité internePlusieurs centaines de millions d'années après, il y a entre 4 et 3,5 milliards d'années, Mars connaît un deuxième pic d'activité. La radioactivité interne a suffisamment réchauffé ses entrailles pour provoquer une mutation morphologique, «une activité tectonique», précise le planétologue. Un volcanisme puissant provoque un deuxième dégazage, enrichissant l'atmosphère en soufre, qui se transforme en acide sulfurique. Des chutes de petits corps échauffent localement la surface. De ce deuxième épisode agité datent les sulfates découverts par Omega, et les écoulements cataclysmiques créateurs de reliefs. La glace, sublimée, passe directement du sous-sol aux calottes polaires… éventuellement via des glaciers de moyennes latitudes. De quoi former des reliefs aux allures aquatiques… mais pas entretenir durablement des conditions favorables à la vie.

(1) Nature du 1er décembre 2005.


Sylvestre HUET
source: http://www.liberation.fr/page.php?Article=341519