Des films sans pellicule... et sans acteurs, envoyés par satellite
LE MONDE 10.12.05
Janvier 2020. Dark Vador et Luke Skywalker, les héros mythiques de La Guerre des étoiles, se retrouvent projetés, grâce à des satellites, sur des milliers d'écrans de cinéma dans le monde. Le film, numérisé et en trois dimensions,
n'est diffusé que vingt-quatre heures. Mais dès le lendemain matin, grâce à un ticket duo, le fan de Star Wars peut regarder ce remake, chez lui, sur son home cinéma. Pure fiction ?
Janvier 2020. Dark Vador et Luke Skywalker, les héros mythiques de La Guerre des étoiles, se retrouvent projetés, grâce à des satellites, sur des milliers d'écrans de cinéma dans le monde. Le film, numérisé et en trois dimensions,
n'est diffusé que vingt-quatre heures. Mais dès le lendemain matin, grâce à un ticket duo, le fan de Star Wars peut regarder ce remake, chez lui, sur son home cinéma. Pure fiction ?Ce scénario s'inspire d'une étude prospective de la société civile des Auteurs-réalisateurs-producteurs (ARP). En 2020, la pellicule cinématographique, en 16 ou 35 millimètres, aura quasiment disparu des grands circuits commerciaux. Plus de cabines de projection, ni de bobines. Les films seront numérisés et envoyés par réseau ou satellite dans toutes les salles. Avantages annoncés ? Une fidélité parfaite à l'original, un vieillissement maîtrisé des films, et surtout... de substantielles économies car les distributeurs n'auront plus à produire et à diffuser un peu partout sur la planète des milliers de copies.
Le groupe Thomson prévoit d'équiper, d'ici à 2012, 1 500 salles de cinéma en numérique aux Etats-Unis et au Canada. L'Europe va être obligée de suivre, emboîtant le pas aux deux pionniers, le Royaume-Uni et l'Irlande. Aux Etats-Unis, les principes de cette révolution numérique sont déjà actés. En juillet 2005, les six majors hollywoodiennes (Sony, Paramount, Disney, Universal, 20th Century Fox et Warner Bros) se sont mises d'accord sur des formats d'échanges de films numérisés avec l'association américaine des exploitants de salles, NATO (National Association of Theater Owners).
D'ici à 2020, le numérique se sera d'ailleurs imposé du début à la fin de la chaîne de l'image. Caméras, techniques de montage, effets spéciaux... Cette mutation va permettre de mieux maîtriser le calendrier allant de la réalisation à la distribution du film. Selon l'ARP, entre le tournage, la sortie en salles, et le jeu vidéo tiré du long métrage, quatre semaines seulement seront nécessaires contre, au moins, trois mois actuellement. Cette accélération permettra aussi de limiter les risques de contrefaçon. L'étude prédit que la postproduction s'effectuera en temps réel sur les cinq continents pour réduire le piratage.
Les spectateurs, eux, auront pris l'habitude de "consommer" différemment les films. Au lieu d'être présentés successivement en salle, en DVD, sur les chaînes payantes et gratuites, les films seront, comme le pronostique déjà le nouveau PDG de la Walt Disney Company, Robert Iger, immédiatement disponibles dans différents formats. Quant aux écrans, ils se seront multipliés, sur les téléphones portables, les consoles de jeu, à domicile... L'étude prévoit l'arrivée de lecteurs multimédias jetables vendus dans les gares et les aéroports, pour regarder une seule fois un film en haute définition.
Dans ce contexte, la survie des salles de cinéma n'est pas assurée. Depuis 1950, le nombre de spectateurs en salles baisse globalement dans le monde. "Dans le futur, ne survivront que les salles de très haute définition, celles qui gardent une longueur d'avance face à la consommation de plus en plus perfectionnée de films à la maison", présage Jean-Charles Hourcade, vice-président exécutif de Thomson, dont les équipes à Los Angeles travaillent sur les besoins futurs des majors hollywoodiennes. Selon lui, il existera toujours "une forte demande pour aller au spectacle", mais celui-ci devra être d'exception, grâce à "des salles des fêtes numériques, des lieux hypermédias, où seront proposés aux spectateurs d'interagir avec les films", suggère-t-il. Les sorties des films en salles devraient rester des événements marketing nécessaires aux studios pour vendre les produits dérivés. "On assistera toujours à des opérations de matraquage pour les blockbusters, de plus en plus coûteux du fait des effets spéciaux et du cachet des acteurs", prévoit M. Hourcade. Que deviendront alors cinémathèques et autres salles d'art et essai, répondant à une demande plus réduite ? "Il restera toujours un espace de créativité pour le cinéma indépendant, à côté des majors", veut croire cet observateur.
Et les acteurs... Les personnages virtuels et anonymes envahissent déjà nos grands écrans. The Moving Picture Company, filiale britannique de Thomson, réussit actuellement à gérer des foules virtuelles de 60 000 personnages. Elle travaille sur le Da Vinci Code de Ron Howard, après le dernier Harry Potter. Arnold Schwarzenegger a déjà été remplacé par un "clone numérique" pour des cascades dans Terminator 3. Son visage a été "rajouté", comme plaqué, à un corps qui n'était pas le sien.
"La possibilité d'être cloné à l'écran sera spécifiée dans tous les contrats des comédiens d'ici à 2020", affirme l'étude de l'ARP. Pourra-t-on alors réinventer de nouvelles aventures avec Marilyn Monroe, James Stewart ou Cary Grant ? L'avatar de Bruce Lee pourra-il terminer le tournage du Jeu de la mort, achevé après sa mort par une de ses doublures ? "Il faut tout de même garder un peu de bon sens", et ne pas croire que tout est possible ni souhaitable, tempère M. Hourcade. La difficulté majeure consiste encore à faire bouger convenablement les yeux des comédiens et retrouver l'humanité d'un visage. Mais l'université américaine Massachusetts Institute of Technology (MIT) y travaille. Tout comme ImageMovers. Cette société dirigée par Robert Zemeckis cherche à affiner la technique dite de performance capture (littéralement capture de mouvement), développée avec le groupe japonais Sony pour le film Pôle express, sorti en décembre 2004 : plus de caméra, de décors, ni d'éclairage. Un comédien bardé de capteurs dit ses répliques. Ses mouvements et ses expressions sont stockés sous forme digitale par un ordinateur. Le réalisateur peut ensuite les combiner et les modifier à volonté. Deux films sont en chantier, Monster House et Beowulf, dont les sorties sont prévues successivement en juillet 2006 et 2007.
Pour visualiser ce cinéma du futur, des systèmes de projection en relief sur des écrans plats géants et très lumineux auront vu le jour dès 2015, selon l'ARP. Cette technologie fascine déjà le réalisateur de La Guerre des étoiles, Georges Lucas. Il vient d'investir à cette fin dans une entreprise informatique. L'ARP imagine même, pour 2020, des projections "holographiques", en trois dimensions. Elles plongeront le spectateur au coeur de l'action. "Au Japon le laboratoire de la télévision publique NHK s'intéresse à ces procédés", précise Stephan Faudeux, coauteur de l'étude, et travaillant à l'agence en nouvelles technologies Avance Rapide. Mais pour faire exister ces "acteurs hologrammes", "il n'existe encore aucun développement de prototype", précise-t-il.
Article paru dans l'édition du 11.12.05
source:http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-651865,36-719862@51-719945,0.html
credit image:http://www.bothan-online.com/encyclopedie/article-347.html

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